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La poésie ça sert à quoi ?

Mais au fond, à quoi peut bien servir la poésie, si ce n’est à séduire les jeunes filles et démocratiser les vestes de velours ? Jean Cocteau en disait qu’il savait qu’elle était indispensable mais il ne savait pas à quoi. A quelques jours du lancement de la 15ème édition du Printemps des Poètes, d’une voix calme, et d’un ton certain, Jean-Pierre Siméon développe son avis sur l’intérêt du vers, s’imposant selon lui comme une urgence pour guérir notre société.

 

« Il est vrai que la poésie souffre de représentations erronées dans l’opinion publique. » Des malentendus très anciens et partagés, même par les plus grands intellectuels français. Au hasard des conversations, on entend que la poésie n’intéresse personne, qu’elle est moribonde, obsolète, et l’affaire de quelques tendres hurluberlus. La poésie serait marginale et pourtant elle n’a jamais été aussi lue qu’aujourd’hui. « La poésie possède une force de percussion et de vibration, qui fait ressentir, et, dès le plus jeune âge, son caractère profond. Qu’on la lise ou qu’on l’écoute, elle reste partageable par tous. » En effet, seule l’attention est nécessaire pour l’appréhender. Chacun possède cette qualité même si la modernité l’égratigne chaque jour. « Mais si on entend le poème, on comprend immédiatement qu’une autre langue est possible, donc qu’une autre représentation du monde est possible. C’est là l’enjeu de la poésie, un enjeu politique au sens le plus noble du terme. »

 

La poésie a donc à voir avec l’édification d’une société qui se réalisera toujours dans le combat et la contradiction. Une société constituée du plus grand nombre possible de gens conscients. « La poésie est un extraordinaire accélérateur de la conscience. Donc, à chaque fois que l’on transmet le poème, on travaille au profond, à l’ouverture des consciences de tous.  C’est dire à tout le monde qu’il y a une autre façon de dire le réel. Face à l’information pragmatique, aux discours qui enferment le réel dans des catégories, dans des fonctionnements de pensées, la langue poétique fait effraction. Elle éclaire. »

 

Selon Jean-Pierre Siméon, la poésie est une subversion qui permet à la langue de retrouver toutes ses capacités. Elle est l’instrument qui permet d’aller le plus loin dans la compréhension de la réalité. Elle l’appréhende non pas dans la surface, ni dans la rapidité du surf, mais prend le temps de l’arrêt. « Loin de fuir le réel, la poésie, c’est le regard le plus attaché à la dimension totale de la réalité. » À sa complexité. « N’est-ce pas cela dont nous avons besoin, au cœur de cette crise bien plus affective qu’économique ? » s’interroge-t-il, avant d’esquisser une réponse : « Cette crise morale et intellectuelle nous amène la poésie comme une urgence. Elle concerne notre représentation du monde, notre situation dans la vie, notre relation aux fins. Un poème, c’est une suspension du temps. »

 

Le poème est sûrement le moyen d’accès le plus simple et le moins cher à cette reconstruction de cette force vitale en nous. Une force, ni benoîte ni benêt, qui est une manière de se tenir droit et debout. Conscient et lucide, sans compromis, sans affaiblissement mais en même temps dans une compréhension dynamique du monde. Sanctifiée à l’école, on a depuis longtemps rendu élitiste la compréhension de la poésie alors qu’elle se devrait d’être ressentie « afin de créer chez chacun une petite faille où se nicherait l’espoir d’un monde tel qu’il est : modulable. »

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Lui c’est Jean-Pierre Siméon. Un grand monsieur. Un grand poète.